dans Sukori - guerrière errante

Prologue

Le chevalier courait. Il fuyait, plutôt. Malgré sa lourde armure, il filait à travers la plaine à coup de grandes enjambées dans l’herbe glissante. Il n’y avait pas de lune cette nuit là, mais malgré l’obscurité, on distinguait encore une ombre se découper sur le ciel. Le chevalier s’arrêta et se retourna en brandissant sa Doloire avec détermination. Il observait l’ombre qui avançait vers lui en se rappelant les détails du plan. Il devait attirer le monstre dans ce piège, loin de toute civilisation. Khipra était l’endroit parfait : l’usine abandonnée des Erons était facile à quadriller et à condamner. Aucun explorateur steampunk, aucun mineur cupide ne pourrait s’y trouver, et ainsi être menacé par le combat qui se profilait. Tout dégât matériel serait négligeable, car l’usine auto gérée ne produisait plus rien. Les mécanismes fantômes tournant perpétuellement sans but étaient parfois mis à profit par les forgerons et les vapeurs bouillante évacuées faisaient le bonheur de quelque campeur.

Le chevalier fixait toujours l’ombre. Elle s’approchait et l’énormité de la créature se faisait toujours plus écrasante. Elle le poursuivait depuis Guardiane. Ce soir, il faudrait en finir avec sa folie destructrice… jusqu’à la prochaine fois. Mais l’ombre n’arrêta pas sa course pour attaquer celui qui l’avait provoqué. Elle l’ignora, passa au dessus du piège et se dirigea toujours plus à l’est, vers Flaris ! Pris d’horreur, le chevalier su qu’il devrait dès lors affronter ce monstre seul. Aucun de ses acolytes n’avait de moyen plus rapide que le sien pour regagner Flaris et bloquer le monstre loin de la ville : une bague d’osiris. Jurant entre ses dents, il activa le bijou magique tandis que ses compagnons ralliaient Flarine à l’aide d’élytres, dans l’éventualité où le combat serait inévitable en ville.

Le chevalier réapparu auprès de la détentrice de la bague jumelle à la sienne. Une prêtresse, sa compagne, qui su à son retour précipité que le plan n’avait pas marché. Déjà elle incantait ses enchantements de renforcement et se préparait à un terrible affrontement. L’ombre était déjà visible, cette créature volait vraiment vite ! Bientôt, les feux allumés en ville et les sorts lancés par quelques magiciens à son encontre éclairèrent le corps immense et cuirassé du Météonyker rouge. À l’impacte de la première vague d’assaut, il répondit deux fois plus violemment par un jet de flammes qui fit exploser de nombreux conteneurs d’élixirs magiques et autres liquides. Le chevalier se lança à l’encontre de son ennemi et lui asséna des coups suffisamment violents pour blesser le dragon et attirer son attention. Son armure enchantée le protégeait des flammes, mais pas de la chaleur ambiante. Il ne brûlait pas, mais sa peau se détendait sous le coup de la chaleur, le rendant plus vulnérable et ses muscles étaient soumis à rude épreuve.

Malgré toutes ses blessures, les assauts du Météonyker ne faiblissaient pas. Ses coups de griffes renversaient de nombreux guerriers, mais buttaient toujours contre le Chevalier. Ses flammes consumaient tout sur leur passage, mais ricochaient sur ce maudit Chevalier. Et cette doloire tranchante qui découpait ses écailles ! Il était trop perturbant, chaque minute d’attention perdue sur lui laissait le champ libre aux autres petits humains pour attaquer. Le Météonyker était invincible ! Il ne pouvait pas perdre ! D’un battement d’aile, il s’envola à nouveau et fila vers le nord.

Madren était Le lieu de vie de bien des guerriers présents ce soir là. Aussi, la vue du Météonyker s’y dirigeant tout droit provoqua un raz-de-marée humain à sa poursuite avec une vigueur inébranlable. Bien sûr, le petit village devait être évacué en ce moment, mais l’attaque était si soudaine et imprévue. Les habitants n’étaient pas en sécurité. Était-ce un éclair de lucidité ou de folie ? Il ne sut dire quand et comment, mais le Chevalier avait agrippé la queue du Météonyker et s’envolait avec lui. Un flash bref lui apprit que la prêtresse avait usé de sa bague pour le suivre. Son regard était, à la fois déterminé à affronter ce semi-dieu du feu, et rempli de reproches envers cette action inconsidérée et dangereuse.

Biens décidés à abattre la bête, ils s’acharnèrent tous deux sur les points sensibles désormais à nu du dragon. La prêtresse usait de la croix du templier pour affaiblir le Météonyker, tandis que le chevalier attaquait le dos et les articulations des ailes avec sa lourde hache. La créature, incapable de voler, tomba en piqué vers le village de Madren en hurlant et en vomissant ses derniers jets de flammes. Tel un météore, il s’abattit sur une maison dans un déluge de feu et tenta de se relever péniblement. Un peu plus loin, le chevalier en faisait de même. Il ne sentait plus rien. Son bras gauche ne répondait plus, sans doute était il broyé ; tant pis, le chevalier était droitier. Il remarqua le corps déjà à moitié consumé de son épouse à côté du Météonyker, son visage mutilé affichait son dernier sourire avant que ses yeux ne s’éteignent à jamais. Il reporta son attention sur le monstre qui avait détruit une partie de sa vie en priant Rhisis que le vieux Rob, son meilleur ami, se soit déjà échappé. Le chevalier lui avait confié la garde de sa fille ; pourvu qu’elle soit loin d’ici maintenant…
Il se mit à courir, ignorant brûlures et blessures, pour abattre son arme sur le Météonyker. La créature complètement épuisée ne pu rien faire pour parer l’arme, qui lui déchira tout l’abdomen, laissant échapper un geyser de son sang ardent qui s’enflamma immédiatement au contact de l’air, ainsi que tout le reste de son corps.

Le Météonyker était enfin vaincu et son esprit s’échappa en direction de volkane, son repaire et sa prison, sous la forme d’un voile de flammes. Le chevalier avait été éclaboussé et brûlé par le sang du dragon. Il s’écroula, sentant sa dernière heure arriver. Fier d’avoir pu repousser la créature suffisamment longtemps pour que Flarine réorganise ses défenses et se remette des dégâts causés, mais déçu, de ne pouvoir revoir sa fille une dernière fois. Sans doute était-ce mieux ainsi… Il parcouru lentement du regard la partie du village qui se trouvait à sa portée. Il vit quelques corps brûlés… Et la vieille botte en cuir de Rob ?! N’avait-il pas fui à temps ?

La dernière vision du chevalier avant le néant était deux petits yeux verts familiers brillants sous un buisson.

Noir. J’ai mal… Où suis-je ?

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